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CA 19 – Mai/Juin 2008

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La presse internationale a salué à l’unanimité l’effort de transparence du régime chinois à l’issue du terrible séisme de Wenchuan, le 14 mai, qui a endeuillé le Sichuan et les provinces de l’ouest. Les médias chinois ont partiellement rompu avec la tradition communiste, et engagé une course à l’action et la compassion des dirigeants, jusqu’à faire sortir de Zhongnanhai les principaux d’entre eux pour saluer publiquement la mémoire des victimes. Cette rupture est toutefois moins forte qu’il n’y paraît au niveau de certains dirigeants : non seulement le premier ministre Wen Jiabao s’ était déjà dépensé sur le terrain lors des tempêtes de neige de mars, mais il s’était également illustré dans les secours après les grandes inondations du Yang-tsé de 1998. En 1976, la presse avait passé sous silence le bilan du tremblement de terre de Tangshan ; vingt-deux ans plus tard, elle n’avait pas non plus fait toute la lumière sur celui des inondations du Yang Tsé. Ce n’est que pressé par la communauté internationale au printemps 2003 d’informer le monde de l’étendue de la crise du SRAS qui frappait le sud du pays que le gouvernement chinois avait fini par relâcher son emprise. Certes les médias chinois, imitant leurs confrères de Hong-Kong et de Taipei, versent aussitôt dans le sensationnalisme. Les grandes chaînes de télévision ont diffusé en boucle des images qui en Europe, seraient perçues comme des attentats à la pudeur des victimes.

Une nouvelle culture du traitement de l’information émerge en Chine. Elle profite d’un appareil de propagande qui favorise la mobilisation émotionnelle. Tout en fixant des limites politiques claires, comme le montre l’interdiction faite aux médias de relater le périple de la flamme olympique au Japon, pour préserver l’espace nécessaire aux négociations avec le gouvernement Fukuda.

Le traitement de l’information reste très sélectif. Le domaine du « trop sensible » inclut de nombreux sujets de société. Comme les écoliers enfouis dans les décombres, parce que des officiels corrompus avaient négligé les consignes de sécurité les plus élémentaires lors de la construction des écoles. Le journaliste Huang Qi en a déjà fait les frais. Après avoir divulgué des informations exclusives, il a été arrêté début juin. La presse écrite chinoise est consciente des insuffisances scandaleuses de certains gouvernements locaux. Certains titres appellent à la transparence des enquêtes. Les bâtiments emportés par le tremblement de terre peuvent être reconstruits, en respectant les normes antisismiques. Mais quid des droits des sinistrés ? L’appareil juridique encadrant leurs dédommagements est un chantier important, qui met en jeu la stabilité sociale.

Le tremblement de terre et la vague nationaliste du printemps contre les intérêts français relancent le débat sur le contrôle des excès – que ce soient ceux des cadres ou des jeunes patriotes. Comment tempérer les appétits de certains dirigeants locaux si la vie de leurs administrés est en jeu ? Comment canaliser l’énergie patriotique et les dérives xénophobes d’une jeunesse nationaliste dont la violence verbale sur internet rappelle celle des gardes rouges ? La communauté stratégique chinoise pose même une question subsidiaire : comment protéger les décideurs économiques et politiques chinois de l’influence des groupes d’intérêts occidentaux ? L’information doit être mieux régulée. Menacer de rendre publiques les dérives ou choisir la rétention d’éléments déclencheurs de mécontentement, la population civile est en partie invitée à prendre part à cet effort de contrôle… Sauf lorsqu’elle en est elle-même l’objet.

Sur le front extérieur, ce numéro de China Analysis pose la question de l’engagement de la Chine dans le sauvetage du régime international de non-prolifération. Les débats d’experts révèlent que la prolifération nucléaire n’est pas perçue sous l’angle de la sécurité internationale – et qu’elle n’est pas ressentie non plus comme une menace pour la sécurité nationale chinoise, à l’exception notable d’une action terroriste pendant les Jeux. Ni intérêt partagé avec les Européens ou les Américains, ni responsabilité pleinement assumée, la lutte contre la prolifération ne semble tout simplement pas une priorité pour la Chine. Les experts chinois préfèrent justifier la rationalité de l’acquisition de l’arme nucléaire plutôt que la dénoncer. Le décalage manifeste du débat public intérieur avec les positions officielles de Pékin peut surprendre. Parmi les questions qu’il suscite, on peut citer les suivantes : quel intérêt la Chine perçoit-elle à participer à certains des efforts contre la prolifération nucléaire ? Se sert-elle de son soutien comme levier pour poursuivre d’autres objectifs stratégiques ? En filigrane, les textes sélectionnés montrent que l’amélioration de son image internationale est perçue en Chine comme un enjeu crucial. Il est possible que ce soit suffisant pour qu’elle surmonte son désir compréhensible de tirer profit des conflits, et cherche plutôt à les résoudre.

 

Sommaire

– POLITIQUE INTERIEURE –

Un autre point de vue sur le nationalisme chinois

Les victimes du séisme et leurs droits

Chine – dalaï-lama, un dialogue de sourds

– ECONOMIE –

« À bas la France ! ». Chronique des mouvements antifrançais du printemps 2008

Hésitations face à l’inflation

Tensions sur les tarifs de l’électricité

– AFFAIRES DIPLOMATIQUES & STRATEGIQUES –

La non-prolifération, un problème pour Washington, une opportunité pour Pékin ?

Le problème nucléaire iranien ou le « ver dans le fruit »

Un TNP aux caractéristiques chinoises

Face aux ONG africaines, mieux communiquer pour désamorcer les critiques

– TAIWAN –

Le dialogue KMT-PCC affaiblit-il Ma Ying-jeou ?

Le DPP, un renouveau en suspens

– LA PRESSE DANS CE NUMERO –

Ont contribué à ce numéro : Michaïl Andréi, Valérie Demeure-Vallée, Mathieu Duchâtel, Hubert Kilian, Michal Meidan, Pierre Nordmann, Thibaud Voïta