Responsive Menu
Add more content here...

Author

Other analyses

CA 20 – Sept/Oct 2008

liam-li-LZxQkBVK-P4-unsplash

Deux mois après la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques, la crise financière internationale inquiète la Chine, mais lui offre une opportunité sans précédent pour renforcer son statut de « quasi superpuissance ». Avec 1,9 milliards de $ de réserves de devises officielles, et sans doute 500 milliards officieux en plus, un marché des capitaux encore contrôlé et une structure industrielle diversifiée, la Chine est moins vulnérable à la crise que par exemple l’Inde, la Corée du Sud ou naturellement la Russie. Loin du pronostic de ceux qui voient l’attelage « Chinamérique » se muer en « Chimerica », George W. Bush, Henry Paulson et Ben Bernanke ont protégé une large part des avoirs chinois quand ils ont garanti Fanny Mae, Freddy Mac et AIG. Même si la machine à exporter chinoise a des ratés – crise sur la sécurité et des jouets et des produits lactés, baisse de la demande finale – sa souplesse et sa compétitivité assurent à la Chine un avantage sur d’autres exportateurs émergents. D’Août à Octobre, le surplus commercial chinois aura battu tous les records historiques, grâce aussi à la baisse du prix de l’énergie et des matières premières.

Cela ne rend pas la Chine plus disposée à contribuer directement au sauvetage du système financier international. D’autres banques centrales de l’Asie-Pacifique ont déjà largement cotisé à l’effort d’injection de liquidités ou d’apport au FMI. La Chine met plutôt en avant un statut de premier rôle défendant les intérêts des pays en voie de développement, et détournant ainsi les demandes éventuelles sur ses propres réserves. Inentamées, ces réserves accroissent pour demain son influence au sein du système financier international.

Elle a fait pourtant face aussi à l’éclatement de ses propres bulles – immobilière et boursière – qui a eu lieu fort heureusement avant Octobre Noir, et donc sans alimenter la panique globale. Comme lors de la crise financière asiatique de 1997, la Chine soutient indirectement les efforts internationaux, en soutenant… sa propre conjoncture. Le gouvernement chinois a annoncé un plan de relance de 586 milliards de dollars, qui agrège des mesures déjà planifiées et de nouveaux projets. Il a aussi réduit taux d’intérêt et obligations de réserves bancaires, mettant  certainement fin à la phase de réévaluation du renminbi par rapport au dollar. La relance par l’investissement public est classique, mais un tournant social se produit avec de très ambitieux projets de santé et de retraite quasi-universelles. Pékin utilise la crise internationale pour consolider le tournant social de son modèle de développement, un tournant annoncé depuis des années, mais jamais mis en pratique avec autant de moyens annoncés. En effet, Hu Jintao et Wen Jiabao ont dû attendre de consolider leur pouvoir et de bénéficier d’une conjoncture paradoxalement favorable – le spectre d’une panne de croissance liée à une contraction des exportations – pour le mettre en oeuvre.

Les marges chinoises ont connu ces derniers mois des développements considérables. Le gouvernement central a sapé les négociations avec les représentants du gouvernement tibétain en exil dans l’indifférence générale, en refusant de prendre en considération les demandes d’application de la constitution de la RPC autorisant une autonomie substantielle dans les provinces autonomes. A Taipei, le négociateur chinois Chen Yunlin a signé quatre accords historiques avec les Taiwanais. Les liaisons maritimes et aériennes directes sont désormais opérationnelles dans le détroit de Taiwan. Il s’agit d’un résultat irréversible. A l’avenir, un gouvernement indépendantiste ne pourrait faire machine arrière qu’en provoquant une grave crise. Si l’opposition a tenté de s’emparer de la question pour dénoncer une érosion démocratique et le retour de la « terreur blanche », il semble que son message a peu pris et qu’elle a surtout fait état de ses divisions, affaiblie par les scandales de détournement de fonds de l’ex-Président, Chen Shui-bian. Déjà impopulaire, Ma Ying-jeou n’en mène pas moins une politique de rapprochement avec la Chine qui bénéficie du soutien de la majorité d’une population. Mais sur le très court terme, l’approche économique des relations entre les deux rives sera jugée sur son impact sur le pouvoir d’achat. Et sur ce point, au-delà d’une conjoncture défavorable à la croissance, la politique de Ma Ying-jeou n’a encore apporté aucune amélioration sensible.

 

Sommaire

– POLITIQUE INTERIEURE –

Réforme du système de santé : les contradictions d’un projet ambitieux et participatif

La résistance des localités à la gratuité de l’éducation

Réflexions sur le fonctionnement des institutions

– ECONOMIE –

La crise accélèrera-t-elle le passage à un nouveau modèle de croissance chinois ?

Sécurité énergétique et climatique chinoise : l’Europe a-t-elle les moyens de ses ambitions ?

Chine et Russie, deux chemins économiques

– AFFAIRES DIPLOMATIQUES & STRATEGIQUES –

Le soft power, nouvelle priorité de la politique extérieure chinoise après les J.O

La clause des droits de l’homme dans les négociations sinoeuropéennes

Le soft power de l’Union européenne en question

– TAIWAN –

L’abandon de la théorie des deux Etats

Eloge de la trêve diplomatique

– LA PRESSE DANS CE NUMERO –

Ont contribué à ce numéro : Camille Bondois, Valérie Demeure-Vallée, Mathieu Duchâtel, Hubert Kilian, Pierre Nordmann, Thibaud Voïta