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Crises chinoises : quatre dénis et un entêtement

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la dernière chronique de David Baverez “Soleil levant” pour l’Express, publiée le 18 avril dernier dans sa version digitale. https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/chine-crises-sanitaire-economique-geopolitique-les-impasses-de-xi-jinping_2171668.html Crises chinoises : quatre dénis et

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CA 37 – Taiwan après les élections

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La République de Chine à Taiwan fait partie des démocraties les plus vivantes au monde, avec une presse libre qui critique et discute au quotidien les politiques du gouvernement. La réélection de Ma Ying-jeou en janvier n’était en rien assurée, la baisse du taux de croissance et les nombreuses délocalisations vers la Chine continentale nourrissant le mécontentement intérieur. Toutefois sa concurrente Tsai Ingwen, n’a pas réussi à convaincre en faisant le choix de la modération au sein du camp indépendantiste. La nouveauté réside aussi dans l’attitude conciliante de Pékin durant la campagne présidentielle taïwanaise, du jamais vu. Les chaînes de télévision continentales ont ainsi relayé les débats opposant les différents candidats, laissant les continentaux entrevoir ce que pourrait être une démocratie chinoise. Au final, l’électorat taïwanais a choisi de ne pas rejeter une équipe et une politique qui semble fonctionner en faveur des intérêts de l’île. Un résultat qui laisse imaginer une continuité dans les relations entre Taiwan et le continent, vers une plus grande interdépendance. Or les possibilités de changement au sein de cette stabilité apparente ne doivent pas être sous-estimées. L’objectif de la République populaire n’est en effet pas la stabilité dans le statu quo mais la réunification pacifique. Sorti vainqueur, Ma ne peut plus justifier par des sondages défavorables une position pro-indépendance, en tout cas pas avant 2015. Pékin peut alors être naturellement tenté de profiter de ces quelques années pour mettre la pression sur Ma. Cette position fait débat au sein du leadership chinois à l’approche de la transition du 18ème Congrès, comme nous le montrent Mathieu Duchâtel et Jean-Pierre Cabestan dans leurs articles respectifs.

L’équilibrisme de la politique chinoise à l’égard de Taiwan se retrouve d’une certaine manière dans les rapports avec ses autres voisins. Comme l’indique François Godement, la politique de voisinage chinoise est en panne, du fait des irritants et des maladresses. Des experts évoquent un aggiornamento, non seulement sur le Mékong et en Indochine, mais par extension à propos de la mer de Chine du sud, qui revient de nouveau sur le devant de la scène. A une autre échelle, l’invitation de Wang Yizhou à penser un « engagement créatif » de la Chine dans les affaires au-delà de sa souveraineté représente un effort intéressant de dépassement des acquis idéologiques, bien que l’approche défendue reste peu claire. Le rôle de médiateur de la Chine dans un conflit soudanais aux embrasements répétés prend alors une dimension de baptême du feu. L’interventionnisme économique pratiqué de fait trouve pour sa part une nouvelle justification théorique. Les industries innovantes chinoises ne peuvent qu’y trouver leur compte, comme le montre notre portrait du secteur de l’énergie éolienne.

A l’intérieur, l’affaire Bo Xilai semble avoir fait oublier les nouvelles problématiques auxquelles va être confrontée la nouvelle équipe désignée à la fin de l’année. En miroir du vote taïwanais, deux phénomènes sur lesquels nous revenons dans ce numéro illustrent une politisation croissante de la population. Il s’agit d’abord de la croissance des mouvements paysans, nourris par les travailleurs migrants qui reviennent des villes avec des pratiques politiques nouvelles, plus prompts à la mobilisation. Dans un autre registre, le phénomène des groupements d’avocats, s’unissant pour se faire entendre dans des affaires judicaires crapuleuses et pour défendre leurs propres droits, prend de l’ampleur.

Au sommet de l’Etat-parti, le limogeage de Bo Xilai, tout en révélant certaines pratiques, masque des débats politiques substantiels. Notre article en décalage les illustre dans leurs complexités autour de la commémoration de l’anniversaire du fameux voyage dans le sud de Deng Xiaoping. Il ne faut pas perdre de vue la multiplicité des acteurs impliqués, même s’ils restent dans l’ombre, et l’ampleur de dissensions internes, que même la presse officielle ne peut cacher.

 

Sommaire

– DOSSIER: TAIWAN APRÈS LES ÉLECTIONS

Les réactions continentales aux élections taiwanaises

La politique continentale de Ma Ying-jeou dans un environnement stratégique en mutation

La crise de conscience du Parti démocrate progressiste

Les entrepreneurs se mobilisent pour la réélection de Ma Ying-jeou

REPÈRES

Politique de voisinage: vers une révision déchirante?

L’engagement créatif: la Chine à la recherche d’une nouvelle diplomatie?

La politique rurale: nouveau défi pour la stabilité sociale

Edifier une grande puissance de l’éolien

Pour se faire entendre, les avocats chinois s’organisent

DÉCALAGE

L’héritage encombrant de Deng Xiaoping

Ont contribué à ce numéro: Martina Bassan, Jean-Pierre Cabestan, Jérôme Doyon, Mathieu Duchâtel, François Godement, Hubert Kilian, Edouard Laurent, Tanguy Le Pesant, Marie-Hélène Schwoob, Joeng Sin