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Crises chinoises : quatre dénis et un entêtement

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la dernière chronique de David Baverez “Soleil levant” pour l’Express, publiée le 18 avril dernier dans sa version digitale. https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/chine-crises-sanitaire-economique-geopolitique-les-impasses-de-xi-jinping_2171668.html Crises chinoises : quatre dénis et

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Ombre et lumière sur les Détroits, Allégorie politique du yin et du yang ?

Covid (6)

J.F Di Meglio

Porteuse de changements dont nous ignorons encore tout mais que nous pressentons, la crise sanitaire commence par mettre en évidence quelques vérités que nous ignorions mais qui sont pourtant constituantes de notre monde et se complètent.

Ce virus dont tous sont atteints et qui, quoi qu’en dise la reconstruction de l’histoire, a sans doute pris son essor en Chine continentale, ne pouvait, à l’instar des vagues de population qui ont fait Taiwan, s’arrêter aux portes de l’insularité.

Il n’a sans doute pas (encore ?) muté en arrivant sur l’île mais le traitement dont il fait l’objet, et les réactions très opposées que le traitement du problème a suscitées ouvrent la tentation de voir là une nouvelle incarnation du dialogue (parfois momentanément impossible, comme c’est probablement le cas ici), entre le yin et le yang.

Pékin, après avoir sans doute laissé le problème dans l’ombre, a suivi la pente naturelle de l’autoritarisme. Le pouvoir fort, incarné par des figures pour la plupart masculines, affirmées, tutélaires et “ne faisant pas de quartier”, a choisi d’opposer un “yang” fort à cette puissance obscure, maligne et qui associe la violence semble-t-il irrépressible d’un yang en apogée avec l’esquive insaisissable du yin.

Ce “matraquage” sans nuance, dressant justement des barrières contradictoires avec le jeu taoïste des principes antagonistes, semble avoir fait son oeuvre et consacre donc en quelque sorte le “Continent” dans son statut de puissance intransigeante. L’art de la guerre, malgré l’existence du principe qui consiste à plutôt miser sur la victoire dans une bataille qu’on ne livre pas, s’est déployé sans “stratagème”, sinon celui de la ville encerclée. Mais contrairement à celui qui est décrit dans le classique chinois comme le trente deuxième des trente six mis en oeuvre par Zhuge

Liang, la ville n’était pas vide mais pleine de ses millions d’habitants.

Face à l’attitude de la République populaire, l’île, gouvernée par une femme, semble avoir joué l’esquive, ou du moins la persuasion, l’intériorité et la patience, non sans similitude avec certains aspects de l’attitude coréenne, mais assurément avec plus de succès.

Taiwan est le lieu où, même proportionnellement, le nombre de cas avérés semble le plus faible et le taux de mortalités le plus faible aussi.

L’insularité n’y est sans doute pas pour rien. Mais c’est “en creux” que cette victoire (temporaire, à ce stade , mais qu’il faut espérer durable, tout comme celle du Continent) s’est jouée. D’abord parce que, rejetée de l’OMS, Taiwan a peut-être bien bénéficié de cette double isolation. Pas de principes à respecter, de censure des comportements ou des termes à suivre avec les autres. Que l’identification du problème ait été précoce ou pas, la coercition n’a pas eu cours, mais les récits collectés ici de comportements responsables, illustratifs de cette “démocratie participative” donnant tout son poids à la décision de chacun, dans la confiance qu’il n’y aura pas ou peu de déviance, semblent bien indiquer que c’est tout simplement une compréhension du bien commun et de l’inclusion naturelle dans une communauté qui a permis cette victoire.

Naturellement, des moyens mis en oeuvre habituellement sur le Continent ont aussi été déployés à Taiwan, comme l’utilisation des “big data” et de la géolocalisation par téléphone portable des personnes à risque, ou contaminées. La qualité de ces techniques tient au rôle de Taiwan dans le développement des nouvelles technologies numériques, et aussi à la nécessité identifiée depuis longtemps dans l’île de lutter contre l’”infox”. Cette nécessité a donné lieu à une capacité de traiter rapidement toute information sensible  inégalée dans tout autre démocratie du monde.

Assurément, l’assimilation semble facile avec les deux versants de la colline. Le yin est dans l’ombre : bien peu ont parlé, même dans les recensions des succès asiatiques, du parcours taiwanais mais saluons ici le propos de Dominique Moïsi dans les Echos du 24 mars. Le yang ayant reçu toute la couverture médiatique et se trouve dans la lumière.

Cette comparaison n’est peut-être pas inappropriée. Reste cependant à achever comme il se doit en principe le dialogue entre le yin et le yang. Le mouvement du Tao ne peut être parfait (ou du moins “conforme”) que s’il y a du yin dans le yang et inversement. Encore faudrait-il qu’il y ait dialogue. L’envoi initial de médecins taiwanais à Wuhan l’avait certes ouvert mais les temps actuels ne sont pas encore propices à cette interaction qui ferait cependant tant de bien à l’invention d’une identité nouvelle et réconciliée.