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Crises chinoises : quatre dénis et un entêtement

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la dernière chronique de David Baverez “Soleil levant” pour l’Express, publiée le 18 avril dernier dans sa version digitale. https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/chine-crises-sanitaire-economique-geopolitique-les-impasses-de-xi-jinping_2171668.html Crises chinoises : quatre dénis et

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Le coronavirus sourit au Président coréen Moon Jae-in

Korea (5)

Jean-Yves Colin

A l’automne 2019 les forces conservatrices sud-coréennes réunies au sein du Parti pour un avenir uni (UFP selon l’acronyme anglais) pouvaient raisonnablement espérer une victoire aux élections législatives du 15 avril 2020. Le Président Moon Jae-in, successeur de  Mme Park Geun-hye emportée par une puissante pression populaire en 2017, était alors en position défensive pour au moins trois raisons. D’une part son Ministre de la Justice Cho Kuk, présenté comme un possible prétendant à la prochaine élection présidentielle de 2022, avait été contraint à la démission sur fond de scandale impliquant son épouse, mais aussi d’une délicate réforme du Parquet.

D’autre part, le Président Moon rencontrait des difficultés au plan international : son rôle d’intermédiation entre le Président Trump et le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jeong-un était au point mort. Le président américain continuait en effet d’exercer des pressions sur la Corée du sud comme sur d’autres nations pour rééquilibrer le commerce bilatéral et faire davantage contribuer la Corée du Sud aux charges de stationnement des troupes américaines dans la péninsule coréenne et ses tentatives d’ouverture pour apaiser les tensions entre Seoul et Tokyo n’avaient reçu qu’un accueil poli du Premier Ministre Abe.

Enfin le ralentissement de l’économie sud-coréenne était mis à son débit par les forces conservatrices et les milieux d’affaires, critiquant des mesures jugées trop sociales de début de mandat. Les sondages d’opinion ne donnaient alors qu’un taux de soutien de 30% au président qui perdait une partie de son électorat de gauche sans en gagner à sa droite.

L’irruption du coronavirus en Corée à la mi-janvier mais surtout la gestion de la crise en résultant par le gouvernement à partir de la mi-février, jugée comme très bonne par une majorité de l’opinion  publique, ont tout changé. D’opportunité pour l’UFP, les élections législatives du 15 avril se sont transformées en referendum pour ou contre le Président Moon.

Trois caractéristiques ont marqué ces élections :

  • Malgré quelques voix en février demandant un report de ces élections et l’incertitude des effets du coronavirus, elles ont été maintenues. Pour réduire les risques épidémiques, le gouvernement a organisé un strict respect des gestes barrière dans les 14 330 bureaux de vote (distanciation sociale, port de gants et de masques, liquide hydroalcoolique, vérification de la température à l’entrée), et mis en place deux journées de vote anticipé en fin de semaine précédente. Il a également été permis aux électeurs auto-confinés, de façon dérogatoire et après inscription, de se déplacer pour voter après la fermeture officielle des bureaux de vote. Ce dispositif a rassuré un électorat qui s’est largement déplacé comme en atteste le taux de participation de 66.2 % dont 26.7 % au cours des deux journées de vote anticipé. Plus de 11 000 auto-confinés sur près de 50 000 se sont déplacés.
  • D’autre part, une réforme de la loi électorale en décembre 2019 a introduit une dose de représentation proportionnelle. Sur les 300 députés de l’Assemblée Nationale, 257 sont élus au suffrage universel direct et 43 à la représentation proportionnelle. Les deux grands partis, le Parti démocrate du Président Moon et l’UFP ont créé deux partis satellites présentant des listes au scrutin proportionnel. Les autres partis ont choisi de présenter des candidats à l’un ou l’autre des scrutins.
  • Enfin le ralentissement économique des mois derniers et années récentes a été oublié au moment du vote. La stratégie coréenne de lutte contre l’épidémie a permis à l’économie sud-coréenne de fonctionner alors que du fait du confinement le voisin chinois a connu une chute d’activité, que la quasi-majorité des pays occidentaux ainsi que le Japon semblent s’enfoncer dans une possible longue récession.

 

Les élections ont été gagnées haut la main par le Parti Démocrate, soutien parlementaire du président. Il dispose désormais d’une majorité de 180 députés contre 103 à l’UFP, qui permet au Président de faire avancer sans heurt ses réformes à l’exception d’une révision constitutionnelle qui exigerait une majorité de 200 députés. Pour l’UFP, c’est sa troisième défaite depuis l’arrivée au pouvoir de Moon Jae-in. De plus, son chef Hwang Kyo-ahn, a démissionné après avoir été battu par l’ex-Premier Ministre Lee Nak-yon dans la circonscription de Jongno au centre de Seoul, ce qui renforce les chances de ce dernier d’être le prochain candidat à la succession de Moon Jae-in dont le mandat n’est pas renouvelable.

Ce succès électoral en période de coronavirus conforte l’image de démocratie de la Corée du sud qui au 16 avril 2020 avec 10 613 cas confirmés, 229 morts et moins de 30 nouvelles contaminations journalières depuis plusieurs jours (22 le 15 avril), est un des pays-modèles de la lutte contre l’épidémie. Elle renforce aussi le Président Moon aussi bien sur la scène internationale que régionale face à un président américain toujours plus exigeant mais en manque de crédibilité dans cette lutte, à un Premier Ministre nippon empêtré dans le combat contre le coronavirus et affaibli par le report des J.O., à un leader nord-coréen qui dans les mois récents a choisi de l’ignorer, et même aux dirigeants chinois qui en le courtisant, cherchaient surtout à l’instrumentaliser.