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La République Samsung : France Culture

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Jean-Yves Colin, chercheur associé Asia Centre nous parle aujourd’hui de l’entreprise Samsung et la position des chaebol dans la société et économie coréenne.

Retrouvez sa vision des choses dans le podcast Entendez-vous l’éco ? de France Culture.
L’épisode “La République Samsung” est un des trois dans une série dédiée à la Corée du Sud, Corée du Sud, une économie à la conquête du monde.

“Samsung [Samseong en coréen ou “trois étoiles”] apparait aujourd’hui comme le symbole de la puissance industrielle et technologique de la Corée du Sud; pays qui a su, au travers de ces grands conglomérats, les Chaebols, se faire une place de choix aux cotés des plus grandes puissances économiques mondiales.

L’histoire de Samsung se confond, dès ses origines, à celle de son pays d’origine. Fondé en 1938 par l’entrepreneur Lee Byung Chull, le groupe “trois étoiles” commence son ascension dans le secteur du polissage du riz avant d’entamer, dès le début des années 1950, un processus de diversification précoce vers le secteur de la négoce et des transports; lui permettant alors d’apparaitre comme la sixième entreprise la plus puissante de Corée du Sud.

La création de Samsung s’inscrit, par ailleurs, pleinement dans le contexte de la colonisation japonaise de la Corée entre 1910 et 1945. Alors que le Japon décide de délocaliser une partie des activités de ses Zaibatsus [conglomérats] au cœur de la péninsule coréenne afin d’insuffler un mouvement d’industrialisation nécessaire à la modernisation du pays, les riches familles locales, influentes au sein du monde des affaires, reprendront à leurs comptes, au moment de la libération, le contrôle de ces conglomérats afin de fonder et de développer les principaux empires économiques familiaux du pays, les Chaebols.  

Suite à la Guerre de Corée (1950-1953), ce sont les politiques d’industrialisation massives menées les Présidents Syngman Rhee et Park Chung-hee, entre 1948 et 1979, qui vont véritablement favoriser l’émergence du groupe “trois étoiles”. Samsung se place alors au centre d’une relation symbiotique entre Etat et Chaebols, et devient ainsi l’instrument du développement économique coréen, au service des plans quinquennaux gouvernementaux.

Au début des années 1960, suite à la réorientation de la politique industrielle, d’une logique de substitution aux importations vers une ligne favorisant l’exportation massive de biens à forte valeur ajoutée, Samsung décide de concentrer sa production sur l’industrie lourde et navale, ainsi que sur l’industrie électronique et électrique. Samsung Electronics, qui va très rapidement devenir la clé de voûte de l’expansion économique nationale et internationale du groupe, est ainsi fondé en 1969.

Basé sur un modèle économique au sein duquel les transferts de technologie, un réseau efficace de filiales et de sous-traitants et les efforts financiers importants accordés à la ReD jouent un rôle déterminant dans son expansion industrielle, Samsung s’est aussi construit autour d’un système managérial aux conceptions hiérarchiques pleinement confucéennes, qui accompagne alors ses capacités d’adaptation et son efficacité productive.

Au moment de l’arrivée du fils du fondateur, Lee Kun Hee, à la tête du conglomérat en 1987, le groupe entame une certaine évolution dans ses pratiques de gestion. Face un double mouvement de démocratisation politique et de libéralisation économique, Samsung décide alors de renforcer son internationalisation en adoptant des pratiques managériales plus proches du modèle anglo-saxon dominant, tout en conservant ses traditions d’empire économique familial.
C’est aussi à partir de cette période que le groupe commence à s’émanciper de la tutelle de l’Etat et à renforcer ses moyens de pressions politiques directement auprès des gouvernements afin qu’ils mettent en œuvre des politiques économiques favorisant ses propres intérêts économiques.

Portée par sa filiale Samsung Electronics [dont le chiffre d’affaires augmente de trois points de plus par rapport au reste du groupe] le Chaebol occupe donc une place hégémonique au sein de l’ensemble du système économique coréen, lui permettant ainsi d’investir de plus en plus dans des sphères extra-économiques. Samsung dispose ainsi de ses propres hôpitaux, de ses propres bourses étudiantes, de son propre système de retraites, de ses propres centres de recherche médicaux. Un aura et une présence quasi-étatique entoure dorénavant le conglomérat que de nombreux sud-coréens n’hésitent plus à appeler “République Samsung”.

Cette idée “d’état dans l’état” est aussi renforcée par les différentes affaires de corruption dans lesquelles les dirigeants de Samsung ont été impliquées, à l’image du “Choi Gate” en 2017, qui semble alors illustrer les connivences politico-financières, faites de pots de vins et de détournements de fonds, entre les élites institutionnelles du pays et les gestionnaires du groupe.

Alors que la Corée du Sud semble de plus en plus dépendante de ses Chaebols, des appels en faveur d’une profonde réforme du système économique émergent au sein de la société. Bien que l’élection du nouveau Président Moon Jae-In se soit faite sur la promesse de profonds changements autour des structures entourant les conglomérats, leur poids au sein du PIB, des exportations et du marché de travail rend toute tentative de réformes complexe, voire périlleuse. “