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Crises chinoises : quatre dénis et un entêtement

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Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la dernière chronique de David Baverez “Soleil levant” pour l’Express, publiée le 18 avril dernier dans sa version digitale.

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Crises chinoises : quatre dénis et un entêtement

Une chronique de David Baverez

 

Le nouvel environnement du pays résulte d’une conjonction de plusieurs crises… que Pékin s’obstine à ne pas voir.

L’économie chinoise témoigne splendidement de la vitesse à laquelle le monde d’aujourd’hui peut basculer. Grande gagnante de la crise du Covid en 2020, Pékin paraît en revanche, en 2022, d’une instabilité inégalée depuis la prise de pouvoir de Xi Jinping. A la racine de ce soudain retournement de situation se trouvent quatre dénis consistants de la part du gouvernement, qui conduisent à quatre crises : sanitaire, géopolitique, immobilière et économique.

D’abord le déni de l’inefficacité des vaccins chinois face au Covid-19. Encore aujourd’hui, le refus d’homologuer la technologie BioNTech, pourtant sous licence du groupe Fosun en Chine, enferme le gouvernement dans sa politique stérile de “zéro Covid”. Les confinements à répétition se révèlent d’autant plus intenables qu’ils perturbent près de la moitié du PNB chinois, pour n’identifier que quelques cas à plus de 90% asymptomatiques. Ils laissent ainsi les Etats-Unis regagner leur double statut de locomotive de la croissance mondiale et de leader planétaire dans le domaine de la santé.

Ensuite, le déni, depuis le début de la guerre en Ukraine, du pourtant supposé sacro-saint principe du respect des frontières. Ils sont 141 pays, parmi les membres des Nations unies, à avoir rappelé leur attachement viscéral à ce droit fondamental – quand la Chine s’abstenait de prendre parti. Ces 141 pays auront sans doutes quelques interrogations futures avant d’avaliser les tentatives chinoises d’instaurer une reglobalisation du monde, visant avant tout à la désoccidentalisation de la planète. Pékin va devoir se préparer, tôt ou tard, à affronter l’incompatibilité entre son “amitié sans limite” pour les crimes de guerre de Vladimir Poutine et ses 700 milliards de surplus commercial, principalement réalisés en Occident. De quoi menacer la principale source de croissance de son économie depuis plus d’un an : les exportations vers l’Europe et les Etats-Unis, toujours tentés par de nouvelles sanctions.

S’ajoute à cela le dénis de la  crise immobilière, que l’arrogance des régulateurs aura laissée s’étendre au-delà du cas initialement isolé du groupe Evergrande à près de 35 promoteurs suspendus de la Bourse de Hongkong. Que reste-t-il à faire après l’échec de la tentative de camouflage, au travers d’une fusion avec les acteurs étatiques? Pékin pourrait choisir la solution du “prétendre et étendre” et chercher, à travers la constitution des sociétés foncières, à étaler sur la prochaine décennie des pertes attendues de  l’ordre de 10% du PNB. Ce qui amputerait d’autant la croissance économique.

Enfin, le déni des bienfaits du secteur privé. Alors qu’il crée la totalité des nouveaux emplois, il ne cesse, depuis près de neuf mois, de subir les attaques réglementaires étatiques tous azimuts, dans des domaines qui vont bien au-delà de l’éducation, des jeux vidéo, de la santé ou de la finance. L’annonce récente par le groupe Alibaba d’un impressionnant programme de rachats d’actions à hauteur de 25 milliards de dollars aura d’ailleurs surtout inquiété les investisseurs; ils y ont vu le moyen désespéré d’échapper aux futures rançons gouvernementales et ont compris que les investissements dans l’intelligence artificielle – secteur clé pour la montée en valeur ajoutée de l’industrie chinoise- ne seraient pas à la hauteur des promesses.

L’histoire de la Chine nous enseigne cependant que ces phases de déni trouvent toujours leur fin, comme celle promise mi-mars par le très réaliste vice-Premier ministre chargé de l’économie, Liu He -sans doute le dirigeant chinois le plus respecté en Occident. L’accélération soudaine de l’effondrement des Bourses chinoises l’avait en effet amené à annoncer son soutien à l’économie. Des propos restés, à ce jour, sans mesures concrètes. L’échéance de l’élection du président Xi Jinping pour son troisième mandat à l’automne laisse toutefois entrevoir l’espoir d’une rapide prise en compte de l’inquiétante instabilité actuelle de l’économie. Avec, à la clé, peut-être, le relâchement relatif des contraintes sanitaires, l’apaisement temporaire des tensions diplomatiques avec les Etats-Unis, le portage organisé de l’industrie immobilière et la nécessaire reprise du financement du secteur privé.  De quoi permettre à Liu He de revêtir à près d’un demi-siècle d’intervalle “les habit neufs du camarade Deng Xiaoping”.

 

David Baverez est investisseur, installé depuis onze ans à Hongkong.

L’Express, publié le 18/04/2022, dans l’hebdo du 21 avril 2022.