[Asia Unfiltered #2] L’affaire Wahaha dynamite le narratif moralisateur du PCC • Isabelle Feng, vice-présidente et chercheuse à Asia Centre, publie un nouveau billet d’humeur.
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Le 1er août 2024, la Cour supérieure de Hongkong a rendu un arrêt qui a déclenché une onde de choc en Chine, en ébranlant non seulement la réputation posthume de Zong Qinghou, fondateur du géant des boissons Wahaha, mais aussi l’un des piliers idéologiques du Parti communiste chinois (PCC) : la « société harmonieuse ». Jusqu’alors présenté comme un modèle d’honnêteté, de patriotisme et de vertu confucéenne, Zong avait bénéficié d’une mise en scène officielle qui en faisait l’incarnation des « valeurs socialistes aux caractéristiques chinoises ». Ses funérailles, couvertes d’honneurs, avaient consacré cette image idéalisée. Or, le jugement hongkongais a révélé l’existence de trois enfants « naturels », tous américains, ainsi que d’un trust de 2 milliards de dollars, dissimulant une double vie aux antipodes de l’austérité et de la fidélité dont il se prévalait.
Ce scandale n’est pas seulement une affaire d’héritage : il réactive la mémoire de l’affaire Danone, lorsque Zong avait utilisé le nationalisme pour écarter son partenaire français, et met en lumière la fragilité des institutions contractuelles et judiciaires en Chine. Il expose également les contradictions entre un discours officiel glorifiant la vertu familiale et la réalité des pratiques élitaires. La révélation des enfants adultérins ravive en particulier une tension sociale ancienne : la stigmatisation des naissances hors mariage dans un pays où la politique de l’enfant unique a longtemps criminalisé même certaines naissances légitimes. Désormais, l’article 1071 du Code civil de 2021, garantissant l’égalité successorale entre enfants légitimes et illégitimes, confronte les juges chinois à un dilemme : appliquer la loi au risque de miner l’institution du mariage, ou protéger la vertu au détriment de la sécurité juridique et de la confiance des investisseurs.
Le feuilleton Wahaha dépasse ainsi la simple bataille d’héritiers. Il révèle la précarité des fondements sur lesquels repose la légitimité du PCC : l’articulation entre loi et vertu, tradition et modernité, patriotisme économique et capitalisme mondialisé. En dévoilant les failles d’un récit national bâti sur une vertu fabriquée, il menace non seulement l’avenir de l’empire Wahaha, mais aussi la crédibilité d’un projet politique qui prétend conjuguer prospérité, ordre social et valeurs familiales immuables.



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