Les (B)RICS, Une construction solide ou un simple ciment d’une impossible collusion « Chine-Russie-Inde » ? À l’écoute de ce « cri », quelle remise à jour s’impose ?
Jean-François Di Meglio, président du conseil d’orientation d’Asia Centre, signe un nouvel article dans le dernier numéro de notre périodique, Asia Trends #12 – Printemps 2026.
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Sommaire
- Une pseudo « guerre de l’eau » entre l’Inde et le Pakistan, préfiguration d’engrenages possibles ?
- La formation du triangle : de 1955 à nos jours
- « Relecture de la publication IFRI, huit ans après »…
- Des relations triangulaires requalifiées (/ de qualité ?)
- « Les nouvelles alliances n’ont pas de forme »
- Possibles configurations futures et positionnement de la France
Introduction
En ce mois de mai 2025, la « triangulation » entre Chine, Russie et Inde (« CRI ») ne s’est pas forcément affaiblie, mais sa configuration bouge sans cesse. La comprendre exige une attention redoublée. Du fait des affrontements entre l’Inde et le Pakistan des 7 et 8 mai, les réponses aux questions que pose la relation entre ces trois pays remettent en cause la certitude grandissante qu’une possible « troïka » d’un genre nouveau était en train d’émerger. Elle poserait les jalons d’une formule alternative et cohérente de gouvernance, remplaçant l’ordre ancien dicté par les pays développés. S’agissant d’une part des deux pays les plus peuplés de la planète et d’autre part de celui qui occupe le plus grand territoire, ce jeu triangulaire a désormais une influence sur des ensembles politiques tiers, y compris en dehors du continent asiatique. Aussi l’observation de la brève séquence récente d’affrontement Inde-Pakistan est un sujet d’attention. En effet, un ex-allié des Etats-Unis, le Pakistan, désormais proche de la Chine et un ex-allié de l’URSS, l’Inde, prônant le « multi-alignement mais tenté par l’Occident se sont affrontés. Ceci donne quelques clés nouvelles mais pose aussi des questions. Deux directions restent envisageables en effet pour les relations internationales du XXIème siècle, selon le poids qu’auront, individuellement, séparément ou ensemble la Chine, la Russie et l’Inde :
- soit la reconstitution de solidarités actives, mobilisables dans les crises
- soit au contraire la démonstration d’antinomies indépassables, au-delà même des marques du passé, du fait de conceptions à la fois différentes et potentiellement antagonistes de la notion de « puissance ».
La tension indo-pakistanaise a poussé à ses limites la démonstration qu’aucune de ces deux options ne peut être exclue.
Nous reviendrons d’abord sur ce que nous en disent les vives tensions réapparues en Asie du sud dé ut mai. Par ailleurs l’excellente analyse menée en 2017 par Bobo Lo pour l’IFRI[1] a livré en son temps un instantané très net. Parvenant à capturer des mouvements vifs mais encore esquissés à l’époque, il mettait l’accent sur les asymétries structurelles à l’œuvre dans ce triangle de relations. Relue aujourd’hui, l’étude permet de mesurer à quel point le « triangle » ne cesse à la fois de bouger et de continuer à interroger les postures occidentales à l’international.
[1] Russie-Chine-Inde : un vieux triangle dans un nouvel ordre mondial ? (ifri.org)


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