IPv6+ : comment la Chine fragmente Internet en 2 mondes et capture le Global South
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Dans cette analyse, Jean-Baptiste Monnier, PhD, Vice-Président d’Asia Centre, et Elodie Papin, Secrétaire générale d’Asia Centre, examinent la stratégie chinoise de normalisation du protocole IPv6+ et ses conséquences pour la gouvernance mondiale d’Internet.
Les auteurs retracent le parcours de la gouvernance technique d’Internet, structurée autour du modèle « multi-parties prenantes » porté par l’IETF, l’ITU-T et l’ETSI. Ils exposent ensuite les tentatives chinoises successives de faire adopter un protocole alternatif : la proposition, puis le rejet par l’IETF, du projet « New IP » entre 2015 et 2020, puis l’échec de la tentative de légitimation d’IPv6+ auprès de l’ITU lors de la WTDC-22 de Kigali en 2022, où les États-Unis, l’Union Ecuropéenne, 55 autres pays et l’ensemble des registres régionaux d’adresses IP ont voté contre son intégration aux résolutions internationales.
Après cet échec diplomatique, Pékin change de stratégie. L’analyse détaille le déploiement unilatéral domestique accéléré par le Ministère de l’Industrie et des Technologies de l’Information, et l’exportation d’IPv6+ vers le Global South via Huawei et la Digital Silk Road, avec des déploiements documentés en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne et dans plusieurs conférences régionales en Asie-Pacifique, en Amérique Latine et en Asie Centrale.
Sur le plan technique, les auteurs reviennent sur l’extension APN (Application-aware Networking), qui permet l’inspection du contenu des paquets, ainsi que sur les perspectives d’intégration avec la 6G et l’intelligence artificielle, deux développements qui posent la question d’une surveillance du trafic Internet à une échelle inédite.
La dernière partie de l’analyse porte sur les conséquences stratégiques de ce choix technologique : dépendance technologique, contrôle des données, levier politique et risque de fragmentation d’Internet. Elle aborde aussi les pistes de réponse européennes, dont l’initiative Global Gateway, dotée de 300 milliards d’euros.




