Budget 2026-2027 adopté : Succès politique pour Takaichi Sanae mais un environnement instable
Jean-Yves Colin, chercheur à Asia Centre spécialiste du Japon et de la péninsule coréenne, publie une nouvelle brève (n°2026-05) quant à l’adoption du budget de l’année fiscale 2026-2027.
Retrouvez la brève de Jean-Yves Colin via le bouton PDF ci-dessus.
« Après avoir joué de la batterie avec le président sud-coréen Lee Jae Myung, reçu très chaleureusement Giorgia Meloni et échangé avec Emmanuel Macron un « kaméhaméha », geste des paumes des deux mains exprimant la force dans la bande dessinée Dragon Ball, la Première Ministre du Japon a accueilli les membres, désormais âgés, du groupe Deep Purple. Ces signes visent à soigner son image de modernité auprès de l’opinion publique nippone, mais ne doivent pas cacher un événement bien plus important : l’adoption du budget de l’année fiscale (AF) 2026-2027.
Dès son arrivée au pouvoir en octobre dernier, Takaichi Sanae s’était fixée deux priorités : d’une part faire adopter par les deux chambres de la Diète, sans trop de difficultés parlementaires, le budget pour la nouvelle AF alors que le processus budgétaire de son prédécesseur Ishiba Shigeru avait été laborieux ; d’autre part consolider l’alliance nippo-américaine et établir une relation de confiance avec Donald Trump dans le prolongement de ce qu’avait réussi l’ancien Premier Ministre Abe Shinzo, et dans le contexte de la détérioration des relations sino-japonaises depuis novembre 2025. Cet objectif a été en partie atteint lors de sa visite à Washington (cf. Takaichi Sanae à Washington – Brève du 23 mars dernier) même si la Première Ministre est consciente de l’imprévisibilité du président américain et le Japon, comme les pays de l’OTAN, la Corée du Sud et l’Australie, n’est pas ménagée par ses critiques de manque de soutien dans la crise du détroit d’Ormuz.
Le budget doit être constitutionnellement voté par la Chambre des Représentants puis la Chambre des Conseillers avant le début de la nouvelle AF, c’est-à-dire le 1er avril. La session budgétaire devait commencer le 23 janvier mais quelques jours auparavant, Takaichi Sanae a procédé à la dissolution de la chambre basse et organisé des élections qu’elle a brillamment remportées le 8 février (cf. Une victoire écrasante pour la Première Ministre Takaichi – Brève du 9 février dernier). Le 20 février la ministre des Finances, Katayama Satsuki, présentait un projet de budget de 122 300 milliards (Mds) de JPY (soit 650 et 660 Mds d’Euros aux cours actuels du JPY), en augmentation de 7 100 Mds de JPY et en très net déficit puisque les recettes prévues s’élevaient à 83 000 Mds de JPY. La majorité dont le Parti Libéral Démocrate (PLD) de la Première Ministre bénéficie à la Chambre des Représentants lui a permis d’y faire voter son projet le 13 mars. Toutefois les partis d’opposition se sont plaints d’un temps d’examen raccourci de 80 à 59 heures. Aussi la perspective d’une adoption le 31 mars au plus tard, par la Chambre des Conseillers où le PLD et son allié, le Parti de l’Innovation, ne disposent pas de la majorité (il leur manque 4 voix), est rapidement apparue improbable. Dès lors la ministre des Finances a fait voter par la Diète un budget provisoire de 8 560 Mds de JPY destiné à financer les dépenses les plus urgentes, notamment celles des collectivités locales (5 100 Mds) et de sécurité sociale (2 700 Mds) ; il s’agissait d’un dispositif inutilisé depuis 11 ans. »
Photo d’illustration : “Meeting of the Council on Economic and Fiscal Policy – Prime Minister Takaichi wraps up the meeting (6)” – Official Website of the Prime Minister’s Office of Japan – Lien



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